En bref. Une facture peut augmenter sans que votre contrat change. Quatre causes possibles : la part acheminement, révisée chaque 1er août, la fiscalité, révisée en loi de finances, un dépassement de puissance souscrite, ou une erreur de facturation. La méthode consiste à isoler la ligne qui a bougé avant de conclure.
La règle : identifier quelle part a augmenté
Une facture d’électricité professionnelle n’est pas un prix, c’est un empilement. Tant qu’on n’a pas isolé la composante qui a bougé, on ne peut rien conclure, et surtout rien corriger. Voici les quatre blocs et ce que vous pouvez en faire.
| Composante | Ce qui la fait bouger | Marge de manœuvre |
|---|---|---|
| Fourniture | Le prix négocié dans votre contrat, et sa formule d’indexation s’il y en a une. | Se négocie. C’est le seul bloc sur lequel un fournisseur agit. |
| Acheminement (TURPE) | Un barème fixé par la CRE, révisé chaque 1er août, et vos paramètres techniques. | Ne se négocie pas, mais s’optimise par la puissance souscrite et l’option tarifaire. |
| Taxes | Les lois de finances, et la catégorie fiscale appliquée à votre site. | Le barème s’impose, mais l’éligibilité à un taux réduit se vérifie. |
| Consommation | Votre activité réelle, et la qualité des index relevés. | Dépend de vos usages, et parfois d’un simple index estimé à corriger. |
Cause 1 : l’acheminement a été révisé
Le TURPE finance les réseaux publics d’électricité. Son barème est révisé chaque année au 1er août. Pour 2026, la CRE a fixé, par délibération du 21 mai, une hausse moyenne de 3,04 % sur la distribution et de 3,34 % sur le transport, et la trajectoire est pluriannuelle : d’autres évolutions sont programmées en 2027 et 2028.
Ce point mérite qu’on s’y arrête, car l’acheminement représente couramment 20 à 40 % d’une facture d’électricité hors taxes pour une PME ou une ETI. Une hausse de 3 % sur ce bloc n’est pas une hausse de 3 % sur votre facture, mais elle n’est pas neutre non plus. Et comme elle est automatique et non négociable, le seul levier est technique. Voir optimisation du TURPE.
Cause 2 : le marché de la fourniture a changé de cadre
L’ARENH, qui donnait accès à une part d’électricité nucléaire à un prix régulé de 42 €/MWh, a pris fin le 31 décembre 2025. Depuis le 1er janvier 2026, il est remplacé par le versement nucléaire universel, dont le cadre a été précisé par décret du 4 février 2026.
La logique est inversée. L’ARENH agissait avant la vente, en garantissant un prix. Le versement nucléaire universel agit après, sous forme de redistribution, et seulement si les revenus du nucléaire historique dépassent des seuils réglementaires. Pour une entreprise, cela signifie que le prix de la fourniture dépend désormais entièrement du marché, donc du moment où vous signez. C’est précisément ce qui rend l’anticipation plus rentable qu’avant.
Cause 3 : vous dépassez votre puissance souscrite
C’est la cause la plus fréquente de hausse inexpliquée sur les sites qui ont évolué. Une ligne ajoutée, un passage en deux-huit, un équipement remplacé, et les appels de puissance franchissent le seuil souscrit. Les dépassements sont alors facturés, parfois sur plusieurs postes horaires, et la hausse paraît sortir de nulle part.
L’inverse existe aussi et se voit moins : une puissance restée calée sur une activité passée, que vous payez chaque mois sans l’utiliser. Dans les deux cas, l’analyse de la courbe de charge tranche en quelques jours.
Cause 4 : une erreur de facturation
Avant de conclure à une hausse structurelle, il faut éliminer l’erreur. Les plus courantes : un index estimé au lieu d’un index relevé, avec régularisation brutale ensuite ; un prix unitaire différent de celui du contrat signé ; une mauvaise catégorie fiscale ; une taxe calculée sur une base erronée ; un changement d’option tarifaire jamais appliqué.
Dans quel ordre vérifier
- Comparez la même période d’une année sur l’autre, pas deux mois consécutifs : la saisonnalité fausse tout.
- Repérez, sur les deux factures, le montant de chaque bloc : fourniture, acheminement, taxes.
- Regardez si la consommation en kWh a changé, ou seulement les prix unitaires.
- Vérifiez la présence de lignes de dépassement de puissance ou d’énergie réactive.
- Vérifiez que les index sont relevés, et non estimés.
- Comparez le prix unitaire de la fourniture avec celui de votre contrat signé.
Cette vérification prend un quart d’heure et évite de renégocier un contrat alors que le problème était ailleurs. Elle est détaillée sur la page comment savoir si vous payez trop cher.
Aller plus loin
Le contexte de marché de 2026 est détaillé dans mon article sur la fin de l’ARENH et le versement nucléaire universel. Pour une vérification poste par poste, voir les six vérifications à faire sur une facture.
Questions fréquentes
Ma facture augmente alors que je n’ai rien changé, est-ce normal ?
C’est possible : plusieurs composantes de la facture évoluent sans lien avec votre contrat, notamment l’acheminement, qui est révisé chaque 1er août, et la fiscalité, révisée en loi de finances. Mais avant de conclure, il faut vérifier qu’il ne s’agit pas d’un dépassement de puissance, d’un index estimé ou d’une erreur de facturation.
Le TURPE a-t-il augmenté en 2026 ?
Oui. Par délibération du 21 mai 2026, la Commission de régulation de l’énergie a fixé une hausse moyenne de 3,04 % sur le réseau de distribution et de 3,34 % sur le réseau de transport, applicable au 1er août 2026. D’autres évolutions annuelles sont prévues en 2027 et 2028.
Puis-je négocier le TURPE avec mon fournisseur ?
Non, son barème est fixé par la CRE et il est identique chez tous les fournisseurs. En revanche, le montant que vous payez dépend de paramètres techniques que l’on peut ajuster : puissance souscrite, option tarifaire d’acheminement, répartition par poste horaire.
Qu’est-ce qui a remplacé l’ARENH ?
L’ARENH a pris fin le 31 décembre 2025. Depuis le 1er janvier 2026, le versement nucléaire universel s’y substitue. Ce n’est plus un accès à un prix régulé : c’est une redistribution qui se déclenche seulement lorsque les revenus du nucléaire historique dépassent des seuils réglementaires. Concrètement, votre prix de fourniture dépend désormais entièrement du marché.
Une erreur de facturation, c’est fréquent ?
Plus qu’on ne l’imagine : index estimés au lieu d’index réels, prix différent de celui du contrat signé, mauvaise catégorie fiscale, taxes appliquées sur une base erronée. Sur plusieurs sites et plusieurs années, les montants deviennent significatifs.
Si la hausse reste inexpliquée après ces vérifications, envoyez-moi la facture concernée et celle de l’année précédente : l’analyse fait partie de l’audit gratuit.
Ces informations sont données à titre général et ne remplacent pas l’analyse de votre situation. Les montants et dispositifs cités sont ceux en vigueur à la date de mise à jour de cette page.